Les cinéastes de genre français sont décidément plutôt actifs ces derniers mois, et d'autant plus lorsqu'ils parviennent à gagner le continent américain. Après Alexandre Aja, Pascal Laugier, ou encore Xavier Gens et son tout récent The Divide, un réalisateur parisien dont le nom ne nous est pourtant pas vraiment familier éveille notre curiosité derrière un métrage pour le moins surprenant. The Incident. Un synopsis attirant pour tout amateur de thriller digne de ce nom et une affiche à l'ancienne assez sublime, il n'en fallait pas plus pour s'y intéresser d'un peu plus près. Pour son premier véritable film, Alexandre Courtès se lance dans une trame horrifique qui à défaut d'être la plus originale, peut être sujette à un nombre inépuisable d'idées : l'asile psychiatrique. Le bâtiment de la folie incarnée, une valeur sûre qui sur le papier ne pouvait que donner envie. Et d'autant plus lorsque quelques jeunes membres d'un groupe de rock y sont employés le soir comme cuisiniers pour combler leurs fins de mois. La première chose que l'on constate devant The Incident, c'est bel et bien le talent indéniable du réalisateur derrière sa caméra. La photographie est moderne, esthétique, le jeu sur les couleurs, les ombres, la lumière et l'obscurité, est parfaitement bien maîtrisé. Visuellement, The Incident est donc vraiment étonnant, les décors de l'asile plutôt réalistes se mêlant d'ailleurs à merveille avec cette noirceur de pellicule ambiante. Et pour cause, la majeure partie du film se déroule dans l'obscurité, dés l'instant où une panne de courant plonge l'asile dans le noir, laissant notre petite bande d'amis errer dans les couloirs à la merci des patients. Si l'introduction mettait doucement en place une bande de personnages assez bien interprétés et bien moins clichés que d'habitude, cette seconde partie de film s'avère largement plus passionnante. Le cinéaste arrive à donner à son métrage une ambiance stressante, et semble avoir oublié les jumpscares pour se concentrer sur la peur première et de loin la plus efficace du film : celle de la folie humaine. Les patients prennent une sorte de dimension zombiesque, tout en restant toutefois d'une crédibilité irréprochable. Et c'est en quelques sortes dans un vrai petit survival que notre bande de rockers luttent pour leur survie et essaieront de s'échapper par tous les moyens possibles.
Cette partie donne d'ailleurs lieu à des passages vraiment réussis, grâce à une mise en scène bluffante. The Incident se fait plus d'une fois oppressant et les nombreux acteurs et figurants incarnants les patients psychopathes n'y sont pas pour rien, leurs apparitions ne sont clairement pas des plus rassurantes, aussi lugubres que celles des morts-vivants abonnés au cinéma horrifique habituel. Malheureusement, le résultat était trop beau sans qu'un détail vienne ternir le tableau. Et ce détail n'est ni plus ni moins que le final, plus largement le dernier quart d'heure de métrage, qui oriente l'ambiance et le style du film vers un univers qu'il n'avait jusque là pas eu besoin d'utiliser : le gore. Sans aller jusqu'à parler de grand-guignol, la sobriété qui caractérisait The Incident depuis ses premières minutes disparaît un peu trop dans les dernières qui deviennent vite excessives. Le twist final de la dernière scène n'est pas non plus des plus inspirés, faisant basculer un vrai petit survival sobre et crédible dans des dimensions surréalistes dont on se serait bien passés. Malgré tout, The Incident reste une réussite et une surprise de taille pour une première oeuvre. Sans pratiquement jamais tomber dans les facilités et les clichés du genre, et sans avoir recours au racolage comme c'est trop souvent le cas, Alexandre Courtès donne un vrai petit univers à son film, dans un climat et une esthétique glacialement maîtrisés.
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