mardi 19 novembre 2013



Pascal Laugier. S'il s'agit dorénavant de l'un des noms les plus réputés du cinéma de genre français, ce n'est en aucun cas grâce à la longueur de sa filmographie. Trois films en tout et pour tout, le cinéaste semble privilégier une carrière minimaliste et discrète. La qualité en dépit de la quantité ? Fort possible. Après un Saint-Ange peu novateur mais maîtrisé pour un banal film de fantôme et un Martyrs absolument bouleversant qui dés sa sortie en salles promettait déjà une jolie place dans la liste des films les plus choquants de sa génération, le cinéaste revient pour la troisième reprise sur nos écrans avec cette fois, un métrage très différent de ses deux prédécesseurs. 

Et pour cause, The Secret s'oriente plutôt vers le thriller, assez sombre certes, mais beaucoup plus académique que ce à quoi Laugier nous avait habitué précédemment. Est-ce pour autant un point négatif ? La réponse est non. Pour la simple et bonne raison que The Secret, malgré ce que l'on aurait pu penser aux vues de la bande-annonce, n'est finalement pas un film aussi conformiste que ce que l'on pouvait croire. Prévisible, encore moins. Nous sommes très loin de l'impact et de la qualité de l'expérience qu'avait pu être Martyrs, mais comme cela avait pu être le cas avec ce dernier, on retrouve dans The Secret une réflexion sur lequel le film prends source, loin d'être inintéressante. Outre cet aspect, The Secret donne également la confirmation que Laugier est un réalisateur accompli. Tant au niveau de son scénario, à première vue assez classique, presque banal, mais qui s'avère beaucoup plus alambiqué que prévu et surtout, ses rebondissements absolument hallucinants. Inattendu est sûrement le mot qui collera le plus à ce long-métrage qui nous surprends jusqu'à la fin. Du côté du casting, le réalisateur ne commet pas non plus la moindre erreur en s'entourant tout particulièrement d'une habituée du genre, Jodelle Ferland, qui ne perds pas de son talent en grandissant, et d'une héroïne ayant déjà fait ses preuves dans l'excellent remake de Massacre à la Tronçonneuse, Jessica Biel. 



Comme dans ce dernier, l'actrice s'en sort parfaitement bien, interprétant pourtant un rôle plus profond et plus complexe que la moyenne. Suffisamment attachante, suffisamment mystérieuse et suffisamment humaine dans son jeu pour en faire une tête d'affiche idéale. La première partie du film, ni plus ni moins que celle que relatait la bande-annonce, s'avère très réussie. Laugier instaure une ambiance assez spéciale, très froide, qui s'expliquera d'ailleurs très vite dans la suite du film. Comme cela pouvait déjà être le cas avec Saint-Ange ou Martyrs, The Secret a une âme, très sombre, très énigmatique, qui arrive à relever de nombreuses questions de notre part tout au long du film. Et cette impression ne s'arrête pas même lors de l'ultime rebondissement, à partir duquel commence toute l'explication. En réalité, le réalisateur s'amuse à jouer avec nous, à perdre ses spectateurs et tirer de leurs imagination les explications potentielles, et y parvient avec brio. C'est en effet bouche bée que l'on assiste à la dernière demi-heure du film, forcés de reconnaître que l'on était très loin de s'imaginer un truc pareil. Et malgré cette surprise qui à elle seule donne au film le mérite d'être visionné, il reste quelques questions auxquelles l'on ne trouvera pas forcément de réponses. Et c'est certainement l'un de seuls défauts de ce The Secret. Toutefois, on peut dire que la nouvelle oeuvre de Laugier fait partie des films de genre plus intelligents que la moyenne. 

A mille lieux de la banale histoire prévue, The Secret parvient à nous retourner littéralement le cerveau, et cela fonctionne tellement bien qu'il est difficile de lui trouver beaucoup de défauts. Ajouté à cela une maîtrise parfaite du cinéaste derrière sa caméra, et de très beaux décors plongés au coeur des Etats-Unis, il s'agit ni plus ni moins que d'une belle réussite, certes imparfaite, mais prouvant à son tour que les français ne sont pas toujours si mauvais en matière de films noirs. Après Alexandre Aja, Alexandre Bustillo, et les quelques autres noms parvenus à se forger une réputation dans le genre, Laugier confirme son talent et risque de se faire de plus en plus attendre dans les salles obscures.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire