samedi 22 février 2014


Des auteurs se sont parfois réveillés un matin avec une idée, une pensée, un concept qui jour après jour n'a jamais cessé de germer, de s'étendre, de se concrétiser dans leur esprit et leur imagination. C'est grâce à ce réveil, grâce à ce matin-là pourtant si banal que certains auteurs ont littéralement changé la vie, les pensées, de millions de lecteurs, de millions d'enfants, de millions d'adolescents, de millions d'adultes dans le monde. C'est grâce à cette idée qu'est né un personnage, une histoire, un décor, un enjeu, une émotion, un monde, un univers entier. C'est grâce à cette idée que des millions d'enfants comme moi ont grandis pendant dix ans avec cette merveille qu'a engendré J.K Rowling. Et même si elle a sûrement été l'une des seules à parvenir à une création si titanesque, si vaste, si totale et si singulière, tellement d'autres ont, comme elle, réussis à marquer l'histoire littéraire d'un simple mot : l'innovation. S'il serait illégitime de juger des romans tant l'appréciation de la littérature est différente de celle du cinéma et implique bien trop l'imagination personnelle d'un lecteur pour rendre une critique parfaitement exhaustive, il est presque indispensable de se reporter sur des adaptations cinématographiques approuvées par la romancière responsable de la saga en question. Des adaptations mises en scène sous l'oeil avisé de la créatrice, que l'on considèrera donc accordées et assumées par cette dernière. Par conséquent, et seulement après s'être préalablement assurés que Stephenie Meyer n'ai subit aucuns sévices visant à voler des droits sur ses écrits contre sa volonté, un regard purement cinématographique mérite d'être posé sur l'adaptation de la franchise et de son histoire. Une remise au point indispensable à la réduction des éclats de haine intempestifs  habituelles fanatiques du phénomène de mode Twilight.

On peut donc aborder l'univers sans risques, ou presque, de représailles. Twilight, qu'est-ce que c'est ? Une saga d'adaptations. Ces formats particulièrement rentables d'un point de vue purement financier mais également créatif. Ce qui plait dans une saga, ce qui marque dans une saga, c'est un univers. C'est parfois quelque chose de bien plus large qu'un film indépendant, une unité liant des oeuvres, qui permet souvent à cet univers de s'épanouir bien plus largement que dans un seul et unique opus. Sans concept, une saga ne peut donc théoriquement pas fonctionner. L'univers de la saga Twilight a la particularité de ne rien apporter de novateur dans son traitement. La question n'est pas de remonter à la source de chaque idée qui vient forcément d'une idée précédente qui elle-même était le fruit d'une idée précédente, mais la pure et simple constatation que Twilight reprends, avec plus ou moins d'originalité, deux mythes existants, face à notre humanité moderne. La confrontation entre les deux mythes n'a en elle-même strictement rien d'innovant, et pour cause, elle avait déjà été imaginée par Len Wiseman et Danny McBride pour le premier opus de la saga Underworld, quelques années auparavant. Une guerre opposant les deux mythes n'a donc strictement rien de singulier. Le triangle amoureux autour duquel tourne la quasi-totalité de la saga non plus, encore moins lorsque l'on sait à quel point les histoires d'amour entre une figure mythique comme le vampire et un humain ont pu inspirer les auteurs et cinéastes. Stephenie Meyer prends donc le parti de ne rien créer d'unique et de remodeler l'existant à sa convenance, un parti plutôt risqué qui aurait pourtant pu, comme n'importe quelle franchise à ce titre, aboutir à un résultat convaincant. Ce qu'il n'a malheureusement pas le moins du monde été. Cinq métrages pour une saga de quatre romans, le dernier tome ayant hérité d'une séparation en deux parties plus motivée par l'appât du gain que par une quelconque volonté artistique. Un choix théoriquement pas des plus audacieux lorsque le principal problème d'une saga réside dans son manque cruel de consistance tant dans son histoire que dans le traitement de ses personnages…Mais avant, notre voyage chez les vampires brillants et les lycans soyeux est introduit par une réalisatrice pas des plus populaires dans le monde du septième art : Catherine Hardwicke. Elle se charge donc de la mise en place de l'intrigue et des personnages, mise en place qui tourne malheureusement dés le premier acte au pur et simple ridicule. Et le premier immense problème de Fascination ne se fait pas longtemps attendre. 



Le ton est donné. Lorsque l'on rencontre les personnages que l'on nous condamne à suivre sur près de dix heures de films d'affilée, on apprécie que ces derniers entrent au minimum dans les critères du bon héros de film. Une dose d'empathie, un soupçon d'originalité, on en demande pourtant pas davantage. Lorsque les personnages secondaires suscitent bien plus d'intérêt scénaristique que les têtes d'affiches, il est peut-être nécessaire de se poser des questions. L'expressivité de Kristen Stewart n'ayant d'égal que le charisme de Taylor Lautner, il ne nous reste que les quelques bribes de talent que Robert Pattinson laisse à notre plus grande surprise augurer, une fois seulement passé le stade du vampire aliéné et ses impressionnantes prestations d'érection pupillaire. Malheureusement, rien ne vient égayer dans ce premier opus ce joli défilé d'expressions faciales et autres répliques repoussant les limites de la niaiserie. Catherine Hardwicke amorce à notre plus grand désespoir la création de ce qui a fait l'échec artistique cuisant de Twilight, cette trame tragico-dramatique so' dark délibérément inspirée d'un Roméo et Juliette des années 2000, les canines et les touffes de poils en supplément. Nous étions pourtant prévenus. Tout est conçu pour laisser se complaire adolescentes pré-pubères en mal d'amour : le moindre plan de notre couple glamour allongé au beau milieu d'un pré de centaines de fleurs plongé dans une lumière blanchâtre ; notre vampire international étincelant de mille feux à la lueur du soleil ; et bien sûr les innombrables répliques puritaines sorties tout droit des bibliothèques collection fleur bleue. Et ce ne sont ni les effets spéciaux des vampires volant à trente centimètres du sol sur un tapis roulant imaginaire, ni les champs et contre-champs interminables sur les regards intenses de nos personnages principaux qui remonteront le niveau de ce premier opus. Trop de cliché tue le cliché, trop de paillettes tuent les paillettes, en somme, trop de Catherine Hardwicke pour réussir un métrage. Fort heureusement, la déferlante de critiques désastreuses dont hérite ce dernier dissuade probablement les producteurs de rempiler avec la réalisatrice. Ca sera ni plus ni moins que le responsable des American Pie qui prendra le relai, un contraste assez effrayant bien que laissant toutefois à la saga une petite chance de sortir de cette bulle de niaiserie dans laquelle le premier opus s'était définitivement enfermé. C'est du moins ce que l'on aurait pu espérer, jusqu'à ce que l'on voit le résultat. 


Amis de la dépression, bonjour. New Moon élargit son public en détaillant, en malaxant, en étirant dans tous les sens possibles et imaginable les fonds et les tréfonds de ce que l'on appelle communément le chagrin d'amour. Ce drame humain qui a su tant de fois nous bouleverser dans un roman, nous saboter le moral et les glandes lacrymales derrière un écran de cinéma, cette expérience qui a su de nombreuses fois nous lier et nous attacher à un personnage. Cette même expérience tourne dans ce second opus au véritable spectacle pathétique. Si Kristen Stewart promettait une jolie carrière dans ses plus jeunes années, son passage par la case Twilight n'a sûrement pas été le meilleur choix de sa vie. C'est sans grande conviction que sa dépression aussi intense que passagère l'entraîne peu à peu dans les bras du plus inutile et du plus inintéressant des personnages de la franchise : Jacob. Jacob, Jacob, Jacob. Il y aurait tellement à écrire sur ce personnage. Tant sur le grotesque de ses premières apparitions que sur son évolution psychologique et physique, ce prétexte purement commercial qui existe seulement pour corser une histoire d'amour trop fade, mais malheureusement sans la moindre profondeur ni le moindre intérêt scénaristique. New Moon se contente donc d'approfondir tant bien que mal les deux personnages les moins intéressants de ce début de saga, tente de faire naître une pseudo nouvelle histoire d'amour à laquelle l'on accorde pas la moindre crédibilité, sans jamais développer de réels enjeux dramatiques, sans jamais nous inquiéter nous spectateurs quant à la suite des événements. Et même si l'aspect puritain insupportable dans le premier volume s'éloigne avec l'absence de Pattinson sur la majeure partie du film, on n'échappe pas à ces quantités vomitives de guimauve cul-cul comme l'on en avait rarement vu.



Arrivé à ce stade, on ne peut que conclure pour Twilight une mort cérébrale irréversible. Mais notre petit coeur de spectateur ne peut réprimer son plaisir coupable, alors on continue, et on se lance dans le troisième et avant-dernier chapitre de la saga. Et les quelques premières minutes nous font rapidement taire. Avec une introduction digne d'un très bon film d'horreur, David Slade fait majestueusement ses premiers pas sur l'oeuvre de Meyer. La qualité du cinéaste n'étant plus à démontrer, on a enfin le bonheur d'assister à un film consistant, efficacement mis en scène, et et qui nous sort enfin de la léthargie de ses prédécesseurs. Si l'on se demande réellement ce qu'un réalisateur aussi talentueux est allé rechercher dans une oeuvre pareille artistiquement parlant, on ne peut que le remercier pour la qualité de son travail. Eclipse peut enfin se vanter d'être techniquement valable. Et même si le personnage de Kristen Stewart - accessoirement Kristen Stewart tout court - demeure un véritable supplice pour nos nerfs, on commence à notre plus grande surprise à s'attacher à ces personnages que l'on aime pourtant tellement détester. En grande partie grâce à un traitement beaucoup plus profond et intéressant des personnages secondaires qui prennent dans ce troisième opus une importance largement supérieure à ce que les premiers et seconds chapitres daignaient leur accorder. Une chose est certaine, le plus intéressant dans Twilight reste la famille Cullen. Tant pour la diversité de ses membres, leurs différences d'origines, de parcours, de personnalité que les trois derniers films mettent en avant, que pour leur symbole et leur singularité. En somme, sortir du remake Shakespearien dont s'emploie à nous bourrer le crâne cette chère Stephenie Meyer fait le plus grand bien. Bien sûr, la niaiserie persiste, le sexe et toutes sortes d'approches physiques sont toujours autant tabouisés, et Bella Swan ne perds en rien son titre de présidente de la confrérie des saintes-nitouches aux pensées et aux envies aussi chastes qu'une fille de joie. Mais l'on a au moins le sentiment de ne pas avoir perdu deux heures de notre vie devant notre écran, et ça ça fait du bien. Assez pour nous persuader de continuer jusqu'au dernier des quatres chapitres de la franchise, évidemment divisé en deux parties pour arrondir les fins de mois de ses postulants.


Le départ de David Slade ne pouvait que se laisser ressentir, d'autant plus lorsque ce dernier se retrouve remplacé par un quasi-inconnu du septième art. On oublie nos séquences semi-horrifiques assez brillantes et on se replonge dans l'ordinaire, toutefois largement suffisant vu la qualité du script d'origine. Si le scénario se traine sans jamais se presser ni parvenir à nous passionner malgré des idées plutôt sadiquement sympathiques à l'image du bébé à moitié vampire assoiffé du sang humain de sa chère maman dans la première partie de Breaking Down, quelque chose d'assez extraordinaire se produit dans sa suite, quelque chose que l'on aurait jamais pensé voir dans un Twilight, quelque chose qui nous laisse littéralement bouche bée et pétrifié devant notre écran pendant une bonne dizaine de minutes. Une immense vague d'action, d'émotion, de retournements, d'enjeux scénaristiques jusqu'ici totalement absents de la saga, une véritable vague que l'on se prends en pleine figure et qui nous bluffe pendant dix longues minutes que l'on ne voit pourtant pas passer. Twilight se réveille enfin, et l'on se dit wahou. On entends les groupies hurler et pleurer à côté de nous et l'on se dit encore plus wahou. Et là, c'est le drame. Tout retombe, la frustration arrive, la colère arrive. Et l'on se souviens tout à coup que c'est bien Stephenie Meyer qui a écrit l'histoire à laquelle on assiste, et que cette vieille mormone intégriste n'aurais jamais été capable d'emmener enfin son histoire vers quelque chose de moins plat et désespérant qu'un Roméo et Juliette niaisement réadapté. On se contentera donc de se repasser en boucle ces dix longues minutes de réel investissement de l'histoire et de ses personnages, ces dix minutes où l'on a espéré que Twilight avait enfin compris que dans toute bonne histoire, il y a des enjeux et des pertes. On se consolera également des petits passages humoristiques qui fonctionnent plutôt bien, en grande partie du côté d'Edward, dont le personnage est clairement celui qui évolue le mieux, et qui accessoirement se révèle le mieux interprété. Tout n'est donc pas perdu dans ce Breaking Dawn, qui se fout joliment de notre gueule sans pour autant nous désintéresser de son histoire et de ses personnages.

Se plonger réellement et avec un regard beaucoup plus neutre et objectif dans la saga la plus critiquée et moquée de ces dernières années n'a donc pas été une si mauvaise idée. Si le matériel de base de Meyer permet difficilement aux cinéastes de briller, certains parviennent toutefois à donner à Twilight quelques qualités cinématographiques rares mais incontestables. Et l'on ne peut que reconnaitre que tout n'est pas totalement mauvais et que certaines idées ne sont pas totalement mauvaises. Malheureusement pas assez pour s'élever plus haut qu'au rang de friandises pour adolescentes boutonneuses, on ne retiendra pas grand chose de positif de la saga, dont les trois derniers opus restent tout de même loin du calvaire des deux premiers. Si les loups-garous auront probablement du mal à se remettre de l'expérience tant leur image en prends un coup, les vampires restent les seuls éléments assez recherchés pour échapper aux moqueries. En somme, une saga aussi mature que ses adoratrices, que l'on aime pourtant définitivement détester. 


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