Un film d'horreur signé d'une main féminine, voilà une rareté qui ne peut déplaire aux quelques amoureuses de films de genre dans cet univers pourtant si souvent masculin. Après quelques mois assez avares en produits horrifiques sur nos écrans, Dark Touch tente de combler notre manque. Que se cache-t-il donc derrière cette bande-annonce aguicheuse et désespérément jumpscaryenne ? Les premières images laissaient présager une énième ghost-story centrée sur l'enfance et plus généralement le cadre familial comme il s'en fait beaucoup ces derniers temps. Fantômes, poltergeists et autres entités démoniaques ont pourtant délaissé à notre plus grande surprise cette petite production, révélant finalement un récit auquel l'on était loin de s'attendre.Ici, c'est la petite Neve que l'on rencontre à l'écran, une petite fille désaxée et en proie à de violentes facultés télékinésiques. Victime ou démon ? L'ambiguité subsiste de longues minutes et s'avère être une accroche particulièrement intelligente. La place de l'enfant dans le film d'horreur a considérablement évolué au cours de ces quelques dernières dizaines d'années. Si les années 70' et 80' préféraient généralement mettre en scène des adolescents dans des situations difficiles, eux-même joués par des acteurs en réalité bien plus âgés, l'enfant en bas-âge est devenu de plus en plus monnaie courante au fil du temps. De même, si des oeuvres à l'image de La Malédiction ou du Village des Damnés, des films noircissant l'image de l'enfance ont bousculé leurs publics et les tabous de l'époque ; l'enfant, et quelquefois même le nourrisson sont presque devenus des codes du cinéma de genre. Et pourtant, Dark Touch arriverait presque à nous refaire sentir ce tabou, cette innocence mise en danger par quelque chose de très différent d'un simple esprit frappeur. Marina De Van amène donc avec Dark Touch le thème difficile de la maltraitance, du viol, et de l'inceste. Un sujet plus que tabou porté à l'écran avec la sobriété et la finesse nécessaire : on privilégie l'implicite, la suggestion, un regard ou un plan fixe à des scènes concrètes et démonstratives. Loin d'être prétexte à épargner nos yeux de spectateurs, ce traitement ne rend les séquences que plus dérangeantes et le hors-champs n'en est que plus glaçant. Mais plus qu'une question de mise en scène, c'est bel et bien l'orientation de la vision et du point de vue du film qui donne toute son intensité à Dark Touch.
Le film entier se concentre sur le point de vue de victime, on remarquera cette sensibilité extrême apportée au traitement du personnage principal, certaines séquences particulièrement symboliques dans les relations établies entre les personnages. On a finalement là l'aspect le plus touchant du film, mais surtout l'une de ses principales qualités. Dark Touch ne cherche pas à stéréotyper ce qu'il dénonce, on ne nous délivre pas le portrait parfait de la famille imparfaite, on ne cherche pas à créer une image bien définie de l'horreur du métrage, sa simple évocation se suffisant à elle-même. Là où monstres et croquemitaines ont besoin de leur lots de balafres, on a même pas besoin d'un visage pour que le film fonctionne, et c'est certainement ce qui le rends encore plus juste. Tomber dans une dénonciation archétypale aurait littéralement réduit à néant l'impact du propos. Et la démonstration aurait presque pu être parfaite si elle avait été aussi bien orchestrée qu'écrite. Orchestre, c'est justement le mot. On pourrait presque penser à une version revisitée de Carrie au Bal du Diable sur la forme, une version bien plus dérangeante et malheureusement bien plus réaliste sur le fond. Et c'est précisément là que bascule Dark Touch. Si la noirceur et la justesse de l'atmosphère entourant la petite fille sont une vraie réussite, le final s'embourbe dans ce que le film évitait relativement bien jusqu'ici : la surenchère. Et c'est là que ressort la difficulté du drame horrifique, cette subtilité pas évidente à préserver qui s'efface malheureusement trop vite sur les dernières minutes. Alors que la prestation de la jeune Missy Keating nous rappelle une nouvelle fois et jusqu'à la fin à quel point les enfants acteurs auraient des leçons à donner aux adultes, le manque de crédibilité et l'exagération extrême des dernières séquences auraient tendance à nous faire décrocher de ce climax pourtant si bien amené. Marina De Van se perds un peu et nous laisse assez perplexe sur ce dénouement qui sur le papier était pourtant assez brillant.
On lui pardonnera volontiers la petite déception qui n'empêchera tout de même pas Dark Touch de nous laisser un souvenir plutôt impressionné et surtout, totalement inattendu. Une petite production noire et sensible, comme l'on aime en découvrir. Très féminin dans son traitement, on ne s'étonne finalement pas tant que ça du nom que dévoile l'affiche. Marina De Van nous surprends donc très positivement à quelques exceptions près, dans un film de genre bien plus mature que la plupart des sorties actuelles, et incroyablement puissant en matière de sensibilité et d'ambiance viscéralement horrifique. Une belle surprise que l'on oubliera pas de si tôt.
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