mardi 14 juillet 2015


Alors que les réseaux sociaux submergent chaque jour un peu plus notre vie quotidienne, un film d’horreur d’un tout nouveau genre tente de venir perturber leurs plus friands utilisateurs. Unfriended vient chambouler à première vue quelques unes de nos plus banales certitudes. Et si nous devions nous méfier de la machine à laquelle on voue une confiance quotidienne ? Et si nos logiciels se retournaient contre nous ? Difficile pourtant d’entretenir beaucoup d’espoir en rentrant dans la salle d’un film d’horreur dont la bande-annonce circule en boucle sur M6 Replay. Mais comme pour toute sombre cinéphage qui se respecte, même les moins prometteurs du genre méritent une petite chance. Unfriended n’a pas échappé à la règle.  

Ce nouveau film d’horreur connecté estampillé Blumhouse profite d’une sortie quasiment simultanée avec deux des très grandes attentes horrifiques 2015 mais n’a finalement pas de quoi rougir. N’en déplaise aux conservateurs trop bornés, il est bel et bien possible de faire du bon avec du moderne. Il est possible de glacer l’échine d’un spectateur face à un écran d’ordinateur. Et c’est bel et bien pour ça qu’on aime tant le cinéma, pour sa capacité à évoluer et à s’adapter en permanence aux nouvelles technologies et aux nouveaux moyens mis à disposition de ses créateurs. Voilà une vision qui échappe bien trop souvent à la haute-sphère de la presse cinématographique, et c’est bien dommage. Sous ses airs amateurs et simplistes, Unfriended nous dévoile finalement une réflexion considérable, tant sur la forme que sur le fond. L’ère du film d’horreur 3.0 est arrivée. Fermez vos portes à double tour, tirez les rideaux, et surtout, éteignez votre ordinateur. Après l’épuisement progressif du found footage dans les plus récentes sorties horrifiques, le soviétique et illustre inconnu Levan Gabriadze nous propose un support plutôt déstabilisant dans une salle de cinéma, le Skype footage. En effet, Unfriended se résume à un seul et unique plan séquence d’une heure trente sur le screenshare made in Apple de Blair Lily, une adolescente américaine. Au programme de la soirée, une visioconférence sur Skype avec ses amis du lycée. Le quotidien lambda d’une lycéenne lambda, rien de plus. Ou presque. Comment ne pas s’endormir devant la conversation de six adolescents à première vue des plus ordinaires ? Le cinéaste nous concocte une réponse des plus réussies. Et l'on en arrive donc à l’une des plus grandes qualités à laquelle Unfriended peut prétendre : la force de son réalisme.


C’est un film qui nous parle, dans tous les sens du terme. De sa première à sa dernière seconde, le film nous installe dans ce qu’il y a de plus familier et commun chez la plupart d’entre nous. Une fenêtre Skype, des iMessages, un navigateur internet, une vidéo Youtube, quelques réseaux sociaux. Des moindres détails de clics aux basiques réflexes de consommateur informatique du quotidien, tout est retranscrit avec la plus grande des cohérences. Si ce climat peut paraître rassurant au premier abord, une autre sensation nous gagne petit à petit, celle de l’indiscrétion, presque du voyeurisme à laquelle nous confronte l’écran. D’autant plus lorsque les premières images du film nous exposent l’histoire de Laura Barns, une jeune lycéenne, un an après son suicide. On apprends donc que sa mort tragique est intimement liée à la diffusion d’une vidéo compromettante et aux violentes attaques sur les réseaux sociaux en ayant débouché. Le ton est donné. Et ce qui s’apparentait initialement à une banale conversation à plusieurs va doucement dériver vers quelque chose de beaucoup plus malsain… La source ? Un mystérieux participant anonyme à la conversation. Hacker, bot, trojan ? Impossible pour nos six amis de connaitre l’identité de l’intrus, impossible de le supprimer de la conversation. Et ce n’est que le début des ennuis. Unfriended opère quelque chose d’assez stimulant, qui n’est autre que la transposition virtuelle des codes du film d’horreur. L’habituel jeu du chat et de la souris propre au slasher est entièrement adapté au support numérique, le suspense devient palpable au travers d’un clic, d’un temps de chargement, d’un lag de connexion internet. Et c’est bien là ce qui fait toute l’ingéniosité technique du film. De l’extrême simplicité du postulat de départ débouchent des enjeux et des révélations sinistres et dérangeantes. Et même si quelques ficelles bien trop faciles sont utilisées pour justifier et rythmer la mésaventure des protagonistes, on ne reste pas de marbre face à leur descente aux enfers. Dilemmes et mises à l’épreuve sadiques sont au programme du petit jeu macabre instigué par l’intrus sorti de nulle part. A mi-chemin entre cruauté belle et bien réelle et élans mystiques, Unfriended se nourrit finalement au fil des minutes de ce qu’il dénonce. Ce qu’il arrive parfaitement bien à faire. 

Difficile de voir les réseaux sociaux avec le même regard en sortant de notre salle de cinéma. Et l’on en sort pas en ayant  seulement peur des fantômes et autres entités surnaturelles non, on en sort seulement terrifié des travers de notre société à l’ère du numérique et des tortionnaires qu’elle élève. Ce qu’on aurait pu soupçonner d’un énième found footage sans âme en est finalement loin. Un film d’horreur utile et nécessaire sur le cyber-harcellement et sur la cruauté désinhibée derrière un écran d'ordinateur. Mais également une vraie petite réussite technique. Unfriended restera finalement à notre plus grande surprise une belle découverte horrifique en cette année 2015.

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