mardi 24 février 2015

 THE STRAIN - SAISON 1  Lorsqu’un amoureux du cinéma de genre rencontre un écrivain de thrillers, cela donne The Strain, l’adaptation télévisée d’une trilogie littéraire horrifique. Chuck Hogan est un habitué de la plume, Guillermo Del Toro puise quant à lui son inspiration dans l’univers fantastique et sombre du cinéma. Deux arts si différents et si liés à la fois, deux inspirations et deux imaginaires pour un projet commun : La Lignée, La Chute, La Nuit Eternelle. Une trilogie de romans horrifiques centrée autour d’un mythe plutôt populaire ces quelques dernières années… Le vampire. S’il y a bien une créature qui a subit tous les méandres possibles de l’imagination des cinéastes et des auteurs, c’est bien cet amateur de sang chaud. Et pourtant, pas besoin d’attendre de tourner la dernière page du premier tome pour se rendre compte que nos chers amis vampires prennent une véritable claque.

D’une collaboration peu ordinaire est finalement née une saga de romans innovants et envoûtants, parfaits pour tout amoureux et amoureuse du genre qui se respecte. Difficile donc de ne pas se laisser submerger par une joie intense lors de l’annonce de son adaptation en série. D’autant plus à la découverte des premiers trailers, simples et efficaces, de quoi nous mettre littéralement l’eau à la bouche. Une image transpirant l’esthétique et le style Del Torien, et surtout et avant tout des séquences étrangement fidèles à celles que notre imagination se projetait à la lecture des romans. Après des mois d’attentes interminables, on l’a finalement eu, notre premier épisode. Et ces premières impressions ont vite été confirmées par le pilote, un épisode ouvrant les festivités avec une belle dose de mystère et une atmosphère sombre et subtile. Le ton très scientifique du pilote et des quelques premiers épisodes qui le suivent ont d’ailleurs immédiatement donné quelque chose de plus à la série. Une immersion dans un contexte réaliste bien plus honnête que la moyenne : on nous présente Ephraim Goodweather, personnage principal en plein divorce, tiraillé entre ses responsabilités familiales et professionnelles, ses relations sentimentales et conflictuelles. Un homme lambda et ses problèmes communs. Du moins jusqu’à ce qu’un avion atterrisse en plein coeur de New York, sans qu’un seul passager en descende. Communication avec l’aéroport interrompue, obscurité dans l’appareil pourtant intact, portes scellées et silence assourdissant. Attaque bactériologique ? Piège terroriste ? On dévore littéralement ce pilote qui passe bien trop vite et dont on ne peut qu’apprécier la mise en scène anxiogène à souhaits. Au niveau des personnages, le choix de Corey Stoll pour incarner le Dr. Goodweather est plutôt surprenant mais fonctionne. L’acteur joue très simplement, sans fioritures, et c’est probablement ce que méritait le plus le personnage crée par Hogan et Del Toro. Abraham Setrakian est également l’un des meilleurs choix de casting : David Bradley. Avec un physique aussi typé, le too-much vieillard sénile aurait pu vite arriver mais l’acteur conserve sa crédibilité et toute l’aura qu’il développe dans les romans, nous voilà donc rassurés. 



Passé un pilote aussi réussi on aurait également pu avoir peur de l’effet soufflé. Mais le mystère scientifique très présent qui planait sur ce dernier se métamorphose petit à petit et ouvre la série vers une atmosphère bien plus sombre, vers une écriture bien plus Del Torienne, pour notre plus grand plaisir. Dans le cockpit silencieux et immobile du boeing sont retrouvés des milliers de petits vers aux origines inconnues , les prémices d’une véritable contamination. The Strain n’est pas le moins du monde une série qui fait dans la dentelle. Plus les épisodes avancent et plus la série s’obscurcit et étoffe son univers, qui se remplit peu à peu de buveurs de sang bien loins de la norme habituelle. Les créatures sont certainement l’une des plus grandes qualités de la série. A mi-chemin entre syndrome viral bel et bien scientifique et dimension ancestrale, la connotation romantique du vampire est réduite en cendre. Ces derniers prennent  même des airs de véritables zombies. Et ça, ça fait du bien. C’est un ton beaucoup plus sadique et immoral qu’à l’accoutumée que les scénaristes leur confèrent : les contaminés cherchent à transformer à leur tour les êtres qu’ils aiment. Et bien moins proprement qu’un Edward Cullen. Ces deux aspects réunis font toute la force de ce bestiaire novateur, tel que le mythe en avait besoin. Seul bémol cependant, l’arrivée du maître, de l’ultime représentant des vampires, nous laisse sans voix. Pourquoi passer d’une esthétique léchée, d’effets spéciaux plutôt très bien maitrisés, à un immonde masque en caoutchouc sorti tout droit d’un discounter ? S’il n’y avait qu’un bide à citer dans The Strain, ce serait bien celui-là. Heureusement, ce n’est pas suffisant pour ruiner une série, c’est seulement assez incompréhensible de la part de l’équipe chargée des épisodes en question. Se développe parallèlement l’histoire de Setrakian, un élément clé des romans nécessaire à retracer les prémices du mythe vampirique de la série. Et cette sous-intrigue historique renforce l’aspect extrêmement réaliste de la série. Si The Strain est une telle réussite, c’est notamment parce que c’est une série qui n’hésite pas à se mouiller. Camps de concentrations nazis, chasse des juifs et expérimentations SS sont au rendez-vous lors de flashback finalement aussi effrayants que les vampires eux-mêmes. The Strain parvient plutôt bien à relier légende et réalité : l’horreur d’une créature mythique associée à l’horreur purement humaine. C’est toute cette dualité que chaque épisode met l’un après l’autre en avant, le vampire n’est plus un simple vampire mais un instrument de pouvoir. Et toutes ces sous-intrigues donnent à The Strain cet intérêt multiple, loin d’un simple spectacle gore de série B. Les épisodes enchainent cliffhanger sur cliffhanger, et la série se suit avec avidité. The Strain débarasse le vampire de toutes les abbérations et de toutes les violentes aggressions qu’il a pu subir ces quelques dernières années. 

En d’autres termes, The Strain fait autant de bien au vampire que ce que The Walking Dead en a fait aux morts-vivants. Et ce n’est pas un mince compliment. C’est finalement un véritable survival en treize épisodes que nous révèle cette première saison. Plus qu’à attendre avec impatience la suite des évènements dans quelques mois, et de nouvelles séries horrifiques aussi génialement glauques.

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