jeudi 12 juin 2014

Le film d'horreur social. Voilà un style plutôt à part qui a de nombreuses fois fait parler de lui au cinéma, et plus particulièrement dans l'univers du cinéma de genre. Eden Lake, Ils, La Dernière Maison Sur La Gauche, The Girl Next Door, Wolf Creek, Frontière(s), Calvaire, Martyrs, la liste des plus productions les plus marquantes ne cesse de s'allonger chaque année. A l'encontre du film de genre fantastique et surnaturel qui fait sournoisement appel à nos peurs les plus abstraites à grand coups de monstres avides de chair humaine et de fantômes hyper-actifs, l'horreur réaliste et encrée dans la société dans laquelle nous vivons chaque jour n'est-elle finalement pas la plus effrayante ? Inspirant chaque jour davantage le petit écran jusqu'à nous paraître presque banale, toujours et de plus en plus au coeur d'une grande partie des actualités, la criminalité fait partie intégrante de notre société actuelle. Et si ce n'était plus le cas ? Si tout acte criminel arrivait à disparaître de la vie quotidienne d'une nation ? Au profit d'une seule et unique nuit qui rendrait légale toute forme de violence. 

C'est ce concept qu'American Nightmare nous propose, une Amérique transformée dans laquelle l'ordre cesse de régner une nuit par an, explicitement baptisée la Purge. Si l'originalité manque parfois dans les synopsis horrifiques, la trame dans laquelle nous plonge le film de James DeMonaco a le mérite de se détacher de tout ce qui avait pu être imaginé avant, en créant au passage pour son spectateur une réflexion pas des moins intelligentes. Le cinéaste dresse un portrait effrayant, presque nihiliste mais extrêmement réaliste du monde qui nous entoure, en se focalisant sur une famille bourgeoise le soir de la Purge, ces quelques heures pendant lesquelles l'humanité retourne à son état primaire et instinctif pour apaiser les consciences et les frustrations de chacun. Passée une introduction glaçante relatant des images d'archives de ces nuits assassines, c'est sous la forme d'un home-invasion à huis-clos qu'American Nightmare met en scène cette idée plutôt brillante. Offrant à Ethan Hawke le premier rôle de son métrage - probablement inspiré par la réussite de l'acteur il y a quelques mois dans le mémorable Sinister - le cinéaste nous assure un casting crédible et performant. On retiendra notamment l'excellente Lena Headey dans le rôle de l'épouse modèle dont l'évolution sera la plus bluffante au fil du métrage, mais surtout et avant tout la composition de tortionnaires particulièrement effrayants derrière leurs masques de psychopathes dont l'effet nous ramènerais presque au traumatisant The Strangers. 



La Purge tout juste commencée, c'est le jeune fils de notre petite famille qui déclenche le début des hostilités en ouvrant la propriété familiale à un SDF pourchassé. Son petit personnage étant d'ailleurs l'un des plus intéressants du film, la part d'innocence et d'incrédulité face à cette barbarie profondément injuste aux yeux d'un enfant d'une douzaine d'années seulement. C'est l'élément perturbateur qui transformera le jusqu'ici très classe et épuré American Nightmare des premières minutes en un véritable thriller d'invasion domestique au climat anxiogène et à la tension doucement mais sûrement distillée. Le film fonctionne et se permet même de flirter avec l'ironie lorsque la horde d'intrus aux faces de boogeymans réduit à néant en une fraction de secondes le dispositif de sécurité qui faisait jusque la la fierté et la réussite financière du père de famille depuis le début du film. S'en suit une mise en scène du home-invasion basique qui ne révolutionnera pas son genre mais qui éveille suffisamment nos sens pour ne pas s'épuiser avant la fin. Et si certains personnages ne sont que survolés - principalement celui de la grande soeur qui n'apporte rien au film si ce n'est une intrigue secondaire sans grand intérêt - la cohésion et la justesse des réactions du reste de la famille rendent leurs péripéties toujours crédibles et réalistes. Confrontés à la menace extérieure, ce n'est finalement pas que dans la rue que les facettes les plus sombres et les plus débridées se révèlent. Une utopie qui n'en est finalement peut-être pas une, c'est un scénario singulier et légitimement pensé qu'American Nightmare apporte au cinéma de genre. Autant de raisons qui rendent définitivement injuste la déferlante de critiques négatives sur un film qui n'a rien à envier à ses contemporains. Arriver à faire peur avec un concept plutôt qu'avec des jumpscares et une bande sonore épileptique, c'est aussi ça le pouvoir fascinant du film d'horreur. Arriver à nous donner cette impression que l'on a pas si souvent, celle d'un film de genre marquant notre esprit pour la profondeur de son récit et pas seulement pour ses montées d'adrénaline que l'on venait pourtant chercher au départ, c'est cette impression là qui pourra confirmer à James DeMonaco qu'il a amplement réussi sa tâche.

American Nightmare n'est ni le plus effrayant ni le plus techniquement subjuguant des films d'horreur de ces quelques dernières années, mais révèle toutefois une claque diaboliquement efficace dans son concept et dans son traitement. Sadique mais épuré, intelligent tout en restant très simple, American Nightmare s'achève sur une scène finale jouissive et fracassante qui nous prends une dernière fois au dépourvu. Plus qu'à attendre la malheureuse suite que le cinéaste réserve à son oeuvre, aux motivations laissant clairement à désirer...

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