mardi 15 juillet 2014


Pédiophobes et coulrophobes, le cinéma de genre ne nous a pas épargnés. De toutes les peurs au monde, les phobies font certainement partie des plus abstraites et des plus personnelles du catalogue des émotions humaines. Mais elles sont aussi et surtout les plus puissantes et les plus démesurées. Outre nos habituelles amies araignées, clowns, poupées, pantins et autres marionnettes font chez certains d'entre nous partie de ces angoisses plus ou moins explicables. Ces petits êtres de porcelaine et de plastiques inanimés se sont donc tout naturellement fait une place sur nos étagères de films d'horreur au fil des années, jusqu'à devenir un thème commun au genre. Désormais classique, mais pourtant tellement paradoxal. Une poupée, un clown, quoi de plus symbolique de l'innocence et de l'imaginaire débordant de l'enfance ? Pourquoi ces figures aussi populaires parviennent à déclencher chez certains de véritables sueurs froides ? Une peur enfantine, l'association d'un visage inanimé à un souvenir effrayant, ou un simple malaise aux vues de l'expression fixe et vide d'une poupée ou du regard étrangement triste d'un clown, les sources de ces craintes absurdes et pas toujours des plus explicables sont différentes chez chacun mais prennent toujours forme autour d'un regard, de cette forme humaine volontairement réaliste à qui l'on aurait pourtant retiré l'essence-même de l'humanité, d'une silhouette figée qui semble pourtant nous regarder constamment. Les clowns ne font-ils jamais pleurer les enfants au lieu de les faire rire ? Les vieilles poupées en porcelaine ébréchées n'ont-elle pas tendance à refléter des sensations plus sinistres qu'autre chose ? Cette irrationalité, bon nombre de cinéaste l'on soumise à rude épreuve. Beaucoup sont parvenus à incarner ces peurs dans leurs scénarios, dans des styles éclectiques et pour des résultats parfois surprenants.



Si les deux symboles ont hérités chacun de dizaines de métrages les rendant les plus obscurs possibles, le clown est bel et bien celui qui a le plus marqué ses premières générations de coulrophobes. Et le responsable dans tout ça ? Ni plus ni moins que notre illustre Stephen King, traumatisant petits et grands lors de la sortie de Ca, l'un de ses plus populaires romans. Grippe-Sou, un clown tueur d'enfants en série, dérangeant et politiquement incorrect, et d'autant plus marquant car inspiré de l'histoire et des crimes d'un serial killer dont le cinéma ne s'inspirera pas qu'une fois, John Wayne Gacy. L'adaptation télévisuelle qui suivra quelques années après restera probablement toujours le film de clown tueur le plus connu du grand public. Si ce dyptique survole seulement les connotations les plus dérangeantes de l'oeuvre originale, il a pour autant tous les ingrédients nécessaires à impressionner ses adeptes et graver dans les mémoires l'une des têtes de clowns les plus effrayantes. Il n'en fallait pas plus pour lancer dans les salles obscures ce phénomène fascinant du clown horrifique. Mais notre célèbre Grippe-Sou n'a pas fais les choses seuls. On se souvient notamment du terrifiant pantin-clown de Poltergeist qui nous faisais frissonner presque autant que la petite Heather O'Rourke cachée sous ses couvertures. Des séquences cultes et un symbole très fort, que l'on retrouvera au fil du temps dans des productions plus ou moins sérieuses et concluantes. Parmi elles, on retrouve  Les Clowns Tueurs Venus d'Ailleurs. Une oeuvre eighties pas plus sérieuse que son titre, assumant entièrement sa nanar' attitude. Second degré et totalement fun, les clowns-tueurs tout droit sortis de leurs soucoupes volantes ont parfois appris à nous faire rire. Du côté des pantins, c'est Pinocchio qui décide de prendre sa revanche juste avant les années 2000. Une série B à l'ancienne qui transforme le conte de fée de notre enfance en un véritable cauchemar. Anecdotique et peu effrayant, ce n'est qu'au cours de ces quelques dernières dizaines d'années que le clown horrifique s'est débarrassé petit à petit de son image de série Z.  Monsieur le très controversé Rob Zombie nous plongeait notamment il y a quelques années dans l'univers glauque et malsain à souhait du Captain Spaulding. On aime ou on déteste, la vulgarité des oeuvres en démotiveront certains, l'audace du cinéaste en feront succomber d'autres. Toujours est-il que le look déjanté du protagoniste principal fait partie des plus marquants que l'on ai croisé derrière notre écran. Passés les clowns pédophiles, les clowns sales et sadiques, les clowns serial-killer, c'est avec un clown-zombie que Ruben Fleisher revient à l'assaut de nos nerfs de coulrophobes à l'occasion d'une petite perle du genre, Bienvenue à Zombieland. Une séquence aussi courte qu'assassine. Incontestablement et définitivement traumatisante. Mais notre besoin compulsif de somnifères a aussi été causé par d'excellentes surprises de genre, à l'image d'Amusement, un film d'horreur à sketchs qui n'en a rien d'un. C'est aussi le cas d'All Hallows Eve, très récente découverte mêlant cheap et mise en abîme plutôt moderne et efficace. Bien sûr, il y a toujours des ratés. De vilains clowns que l'on oubliera aussitôt rencontré, en témoigneront Stitches et autres Funny Man, trop peu maitrisés pour arriver à leur fin. Mais si un cinéaste voue un amour sans failles aux vieux jouets et notamment aux pantins, c'est bel et bien le grand et surdoué James Wan. De son premier volet de Saw orchestré autour d'un Jigsaw à forme de marionnette aux maquillages assez inspirés, en passant par son brillant Dead Silence mêlant pantins et poupées dans une ambiance sinistre et anxyogène à souhait, jusqu'à l'une des plus grandes frayeurs de ces quelques dernières années : The Conjuring.

Et pour cause, nos amies les poupées ont elles aussi marqué le cinéma de genre. L'une des oeuvres originelles de ce mythe de la poupée horrifique n'est ni plus ni moins que le premier volet d'une saga culte des années 90 : Puppet Master. Un concept simple, une formule de sorcellerie ancestrale et des poupées qui prennent vie. Une future interminable saga Z et de plus en plus cheap au fil des années, qui restera toutefois grand prédécesseur du thème dans le film de genre. C'était aussi le cas de Demonic Toys, sorte de sous-Puppet Master qui ne brillera pas davantage de par son niveau purement cinématographique mais davantage de par son impact sur les oeuvres qui le suivront. Mais il n'y a pas que du cheap parmi les productions de poupées démoniaques de l'époque. Il y a parfois de petites perles, la plus brillante étant l'une des premières réalisations d'un dénommé Stuart Gordon : Dolls. Une affiche somptueuse, une ambiance magique et macabre à la fois, Dolls fait partie de ces films attachants dont on ne se lasse pas et que l'on aime un peu plus à chacun de ses visionnages. Pas besoin de grands moyens ni d'effets spéciaux, Dolls fait et continuera probablement encore longtemps à faire partie de ces inoubliables du genre. C'est seulement un an après qu'un nouvel inoubliable faisait son entrée dans les salles obscures. Le premier volume d'une saga culte et bien plus brillante que celles auxquelles on avait été habitués. Un cinéaste, une poupée, une formule vaudou. La naissance de Chucky traumatisera son époque. Don Macini nous livre avec Jeu D'Enfants un premier film terriblement efficace, novateur et révolutionnaire. Une grande date du cinéma horrifique, qui fera bien évidemment des petits. Contrairement à beaucoup d'autres franchises 80's et 90's, il n'y aura pourtant aucun volet réellement raté et la saga, bien que relativement courte, tiendra la route jusqu'au bout. De l'épouvante premier degré qui avait pour seul but d'effrayer, le phénomène Chucky se dirigera peu à peu vers l'humour noir et le second degré, laissant ainsi à nos nerfs un brin de répit. Un registre que le cinéaste délaissera l'année dernière à l'occasion de sa nouvelle suite particulièrement efficace revenant à sa sérieuse noirceur originelle. Chucky figurera donc toujours en tête de liste des poupées les plus marquantes du septième art. Mais il y a également des productions indépendantes qui ont parfois pu perturber notre sommeil. Une dénommée Dolly s'est notamment fait remarquer parmi ces dernières, un petit film sans prétention qui arrivera pourtant à mettre mal à l'aise les plus allergiques aux poupées d'entre nous. De même, l'un des volets du cultissime Amityville mettait en avant une maison de poupées. Si le résultat s'éloignait pour le moins du mythe de la franchise originelle, le film une fois pris indépendamment n'avait rien de foncièrement mauvais. Et puis, il y a eu The Conjuring. Rarement un métrage n'aura eu un effet aussi perturbant en aussi peu de séquences concentrées autour d'une même poupée. Le génie derrière sa caméra nous plonge dans un climax quasi-permanent et crée un véritable mythe autour de sa terrifiante poupée Annabelle, qui nous laissera clairement et définitivement l'un des plus gros traumatismes de poupées maléfiques dans une salle obscure.

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