mercredi 20 août 2014

 HANNIBAL - SAISON 1   Les séries horrifiques n'ont de cesse d'inonder notre petit monde ces derniers temps. Succès mondiaux autant que modestes franchises indépendantes, le cinéma de genre aura rarement autant déteint sur nos écrans télévisés. Si Freddie Heighmore a su donner une nouvelle jeunesse à Norman Bates, si le bébé de Rosemary Woodhouse a vu sa naissance brillamment réadaptée, c'est au tour du sombrement célèbre Hannibal Lecter d'hériter de son adaptation télévisuelle, les origines de cet énigmatique cannibale qui a marqué le septième art derrière son masque. Il y a des séries qui nous plaisent, des séries qui innovent, des séries qui nous surprennent. Et puis il y a des séries qui nous fascinent. Des séries qui nous happent littéralement dés le premier épisode. Hannibal est la définition même de ce genre de série, un spectacle bien au-delà des attentes que l'on aurait pu avoir à l'origine. 

A mi-chemin entre thriller horrifique et série d'épouvante au sens propre du terme, Hannibal nouvelle génération n'est ni plus ni moins qu'un sanglant  cocktail de tout ce que l'on aime dans l'habituel cinéma de genre. Cinéma et série dans une même phrase, voilà deux termes qu'il est désormais possible de lier. Et c'est précisément ce qu'Hannibal nous prouve tout au long de sa première saison. Avec une popularisation qui ne cesse de s'accroitre et des finances de plus en plus importantes, les séries ont désormais toutes les ficelles techniques et scénaristiques pour arriver à la hauteur artistique d'un spectacle sur grand écran. Bryan Fuller s'est donc donné les moyens de nous offrir un show des plus travaillés, pour un résultat tout simplement exquis. Hannibal est une exception, aux saveurs aussi nombreuses et diverses que les titres culinaires de chacun des épisodes. Apéritif, Amuse-Bouche, Buffet Froid et Trou Normand, autant de titres qui font qui plus est honneur à la cuisine française en cette première saison. C'est subtil, c'est rafraichissant, et c'est l'un des nombreux petits détails qui font que l'on s'attache si vite à cette série, que l'on aime réellement cette série. Hannibal, c'est pleins de choses. C'est avant tout une ambiance hors du commun. L'univers horrifique est célèbre pour bien des paradoxes, l'un d'eux étant plus que merveilleusement illustré par Hannibal. Et pour cause, Hannibal est une série éperdument belle. Une série remplie des pires atrocités en matière de mise en scène de meurtres, et d'une beauté pourtant envoûtante. Une beauté visuelle, une beauté sensorielle, une beauté qui laisse parfois même transparaitre une certaine poésie macabre. Difficile de trouver les mots pour décrire un tel spectacle, le simple et unique silence dans lequel il nous complait au visionnage parle sûrement de lui-même. Rarement un imaginaire aussi noir, un imaginaire peuplé d'anges modelés de chair humaine, de pyramides de corps découpés en morceaux, de violoncelles humanisés au sens littéral du terme, et d'autres trophées de chasses aux courbes bien plus féminines que les habituels animaux empaillés accrochés aux mur, rarement cet imaginaire n'aura été aussi somptueux esthétiquement parlant. C'est aussi beau qu'un Evil Dead cuvée 2013, c'est aussi classe et charismatique qu'un James Wan, c'est aussi noir qu'un Del Toro. Chaque parcelle de décor est finement travaillée, dans un jeu de lumières simplement bluffant, une ambiance visuelle tamisée, sombre, une photographie tellement limpide qu'elle en deviendrais dérangeante. On plonge littéralement dans ce paradoxe fascinant de l'univers horrifique et c'est pour cette raison que l'on aime Hannibal. On reconnaitrais un épisode entre milles, grâce à cette identité artistique que la série développe au fil des épisodes. Le rendu final des séquences est donc constamment un pur régal pour les yeux. 


Toute cette richesse esthétique fait finalement d'Hannibal une sorte de fresque vivante de tout ce qui se fait de plus sadique. Une fresque splendide et sacrément intelligente. Et on en arrive à ce qui fait le succès d'Hannibal : sa profondeur. Là où on s'attendait à trouver un scénario axé sur le serial killer, on évolue en grande partie aux côtés d'un second personnage principal qui parviendrais presque à voler la vedette à notre cher Hannibal. Will Graham, jeune profiler de génie psychologiquement instable. Son personnage devient le plus fascinant et le plus intéressant dés le premier épisode. Will Graham est un homme torturé, complexe, dicté par ses peurs et ses effrayantes capacités psychologiques : son empathie totale envers ses semblables lui permettant de penser et de voir à travers les yeux de n'importe quelle personnalité, les meilleures comme les pires d'entre elles. Si la capacité à se projeter dans la tête d'un meurtrier sadique donne à son personnage un potentiel immense, l'interprétation d'Hugh Dancy lui confère une aura tout simplement impressionnante. L'acteur porte la série aux côtés d'un Mads Mikkelsen tout aussi brillant. Il fallait passer après Anthony Hopkins, et ce cher Mikkelsen s'en tire avec les honneurs, au point de nous faire simplement oublier qu'Hannibal Lecter a un jour été incarné par l'un des plus grands acteurs Hollywoodien. Il apporte même au personnage des subtilités et une finesse qu'on ne lui avais encore jamais connu, des ambiguïtés toujours plus sombres et inquiétantes. Et le reste du casting n'est pas en reste. Tous les personnages secondaires sont exploités avec finesse et profondeur, chaque personnalité est hantée par un démon qui participe à faire progresser petit à petit la série, à son rythme, dans son atmosphère toujours étrangement calme, en contradiction avec les véritables horreurs qu'elle révèle. Et ce sont tous ces paradoxes, ce souci du détail à tous les niveaux de lecture possibles et imaginables, ce climat macabre et onirique qui font de cette première saison une telle réussite. 

Hannibal est finalement une série d'exception, une véritable claque. Le fameux ticket d'or de cette vague de séries horrifiques dont la qualité générale est pourtant plus qu'élevée aux vues des merveilles que nous réserve notamment American Horror Story depuis trois ans. Mais Hannibal a ce que la plupart n'ont pas, une fibre unique, une personnalité qui nous sors de tout ce que l'on a pu voir auparavant en matière de série de genre, et de séries tout court. Peu de films parviennent à nous laisser cette sensation d'admiration extrême, cette impression de perfection pure et simple. Une série l'a pourtant fait. Et ce n'était pas gagné d'avance, d'autant plus face à la côte de popularité des spin off et autres préquelles qui peuplent en permanence petits et grands écrans ces derniers temps, parfois jusqu'à l'indigestion. Cette fois, c'est différent. C'est tout simplement un énorme coup de coeur. Espérons un maintien suffisant des audiences et un niveau toujours aussi élevé pour les prochaines saisons de la jeunesse d'Hannibal Lecter.

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