dimanche 28 septembre 2014

Le cinéma australien s’est révélé à plusieurs reprises terre sacrée du cinéma de genre. Après les survivals corrosifs, les films d’animaux tueurs et autres délires psychotiques féminins, c’est un film de croquemitaines qui fait cette fois parler de lui. Salué par de nombreux grands festivals, honoré par la presse dés ses premières projections, il était difficile de ne pas attendre Mister Babadook comme la nouvelle terreur de l’année. Mais ce premier métrage pour la réalisatrice Jennifer Kent n’est pas un simple film de monstres caché dans un placard. Pour une toute première production, cette dernière parvient à créer quelque chose de bien plus profond, de bien plus travaillé, et de bien plus mature que ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. 

Mister Babadook n’est pas qu’un film de monstres, c'est aussi un drame horrifique, un film dont l'aspect effrayant est loin de se cantonner aux chuchotements rauques d'une entité sortie tout droit d'un livre pour enfants. Bien au contraire, Mister Babadook prend ses bases sur une situation familiale ambiguë et déstabilisante. Une mère , Amélia, dépressive et épuisée par l'hyperactivité pathologique de son enfant, Samuel. Une mère effondrée et détruite par le décès brutal de son époux. Un enfant dans son monde, instable et visiblement autant en souffrance que sa mère. L’état psychologique des personnages et de leurs relations nous arrive en plein visage, et c’est là le premier choc que nous administre Mister Babadook. Et si le jour de la naissance de notre propre enfant coïncidait avec le jour de la mort de notre propre mari ? Comment vivre une vie qui nous as donné autant qu’elle nous as retiré en une fraction de secondes ? Comment vivre avec un enfant qui symbolise la mort ? Le film tout entier repose sur cette tragédie, ce cercle vicieux morbide, sur cette absence de père omniprésente que l’on arrive à ressentir à travers l’écran, comme si la maison n’était ni plus ni moins que son tombeau emprisonnant son fils et son épouse. Tout est sinistre, tout est sombre, qu’il s’agisse de la photographie du métrage extrêmement terne, extrêmement froide, qui nous renvoie tout au long du film à de vieux films d’épouvante 70’s et 80’s. Le quasi-seul décor dans lequel le film évolue est bien loin des villas de luxe et de l’american dream habituel, un appartement old school à la décoration ancienne qui renforce d’autant plus cette sensation permanente de références et d’inspirations aux classiques de l’épouvante. Un vieil escalier en bois grinçant, des tapisseries d’époques, il n’en fallait pas plus à Jennifer Kent pour nous plonger dans une ambiance claustrophobique et presque asphyxiante. 



Mister Babadook n’est pas qu’un film de genre, c’est un film de genre qui connaît les films de genre, qui connaît ses codes et sait les déjouer. C’est donc dans ce contexte très fort et très lourd que quelque chose d’encore plus glauque va faire son entrée. Et ce qui passait au départ pour de banales hallucinations d’un enfant déséquilibré va peu à peu se transformer en un véritable enfer pour la petite famille. D’un simple dessin de conte pour enfants trouvé dans la bibliothèque du petit garçon, cette effrayante apparition va passer d’un morceau de papier à la réalité et prendre possession des lieux, des rêves et surtout de l’esprit de ses deux victimes. Ami imaginaire ? Fantôme issu de l’imagination d’un petit garçon ? Ou réelle créature cauchemardesque ? Le duo va peu à peu basculer face à cette incursion malsaine et destructrice. La perte de contrôle, c’est certainement ce que le film illustre le mieux. Tension permanente et paranoïa viennent donc s’acharner sur l’ossature déjà fragilisée des deux personnages. Et c’est là que tout bascule, c’est là que les rôles de chacun vont devenir de plus en plus ambigus. Si Samuel semble petit à petit se rationaliser, Amélia s’enfonce peu à peu dans une folie hystérique la rendant de plus en plus effrayante. Qui est réellement le monstre ? Jennifer Kent s’amuse, brouille les pistes et notre esprit de spectateur partagé entre folie pathologique et délirium surnaturel, tout en laissant planer cette continuelle trame dramatique qui prendra tout son sens lors du dénouement. Jusqu’au bout le métrage reste fidèle à son ton sombre mais authentique, de la simplicité des effets visuels et sonores jusqu’à la silhouette de notre cher Monsieur Babadook qui ne manque pas de nous rappeler qu’il est encore possible d’effrayer sans images numériques. La simple vision d’une créature cachée sous un haut de forme, un long manteau noir et n’exposant que ses longues griffes acérées suffira à faire tressaillir les salles obscures et à nous faire redouter chacune de ses apparitions, au moindre grincement de parquet. 

Là sont finalement toutes les forces de Mister Babadook, un film étonnamment intemporel qui nous effraie tant pour son croquemitaine que pour les personnages qu’il harcèle.  Jennifer Kent signe un film d’horreur intelligent et profond, et confère à son monstre un mysticisme bouleversant. S'il y avait une liste des films d'épouvante dont on se souviendra encore dans les prochaines années à venir, Mister Babadook en ferait sans aucun doute partie. Un cauchemar brillamment réussi. 

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