vendredi 30 octobre 2015



L'INTRUS. La peur est bien souvent l’expression la plus humaine face à l’inconnu. Elle prend forme à  l’instant-même où l’on sort de sa zone de confort, de ses habitudes, de ses repères, cet instant précis où l’adrénaline nous gagne. Une peur primaire, une peur crue, c’est précisément cette peur que Bryan Bertino est parvenu à rendre concrète avec THE STRANGERS. Un petit film d’épouvante sans grande prétention qui n’a pourtant même pas eu la chance de rencontrer son public dans les salles obscures françaises. Pourquoi donc The Strangers ? Parce qu’il illustre la peur de l’intrus dans sa plus simple forme, et peut-être même l’une de ses plus heurtantes. Oui, il s’agit d’un des scénarios les plus basiques et les plus réchauffés du genre. Oui, on pourrait croire sur le papier à un remake de Ils non assumé. Et pourtant, il n’en est rien. De l’extrême simplicité de sa trame de départ - un couple, une maison, des intrus masqués - , The Strangers envoie voler dés ses premières minutes les codes habituels du home invasion. Là où on nous présente la plupart du temps le parfait petit couple dans son parfait environnement et sa non-moins parfaite banalité quotidienne, Bryan Bertino choisis d’introduire ses deux acteurs de choix dans un contexte froid et antipathique. Liv Tyler et Scott Speedman peinent à se décrocher un mot et le malaise du couple se dessine d’autant plus à leur arrivée dans la maison. Le sol jonché de pétales de roses et des regards gênés reflètent la cassure récente et brutale du couple qu’un flashback nous confirmera par la suite. Malheureusement les problèmes ne font que commencer. Trois coups à la porte, et tout bascule. Comment réagir face à des inconnus dont on ignore les motivations ? Comment se sentir en sécurité dans une maison isolée en pleine nuit ? Bertino prends un malin plaisir à nous terroriser en y répondant à sa manière. Le silence glacial qui suit un bruit inquiétant n’est-il finalement pas encore plus effrayant que le bruit en lui-même ? La voilà la veine de The Strangers, la subtilité et l’aspect psychologique poussé à son paroxysme. Bien sûr, on retrouve certains codes du survival, mais tellement bien utilisés. De l’utilisation fréquente d’une caméra fixe pour nous retirer notre point de vue omniscient et tellement rassurant de spectateur, à des séquences silencieuses aussi éprouvantes que les moments de violence, tout est millimétré pour nous faire ressentir l’étouffement et l’enfermement des personnages que l’on suit. The Strangers est un petit exercice de style à lui tout-seul, et fonctionne grâce à sa symbolique presque aussi effrayante que les faits relatés. La terreur apparentée à une famille, le trio de tortionnaires est d’autant plus dérangeant qu’il ne conserve rien des serial killer et autres dégénérés habituels du genre. D’autant plus que nous n’aurons pas plus d’explications concrètes sur les raisons de toutes les horreurs auxquelles l’on aura assisté. Et c’est finalement le pire, le plus effrayant du métrage. The Strangers n’est ni plus ni moins que l’un des films qui nous rappelle pourquoi on aime tellement le cinéma de genre. Pas simplement pour ses capacités à nous effrayer non loin de là, pour tout cet univers débordant propre au genre, pour ces acteurs qui sont poussés à se dépasser, pour cet art incroyable du symbole, du non-dit, de la suggestion. Pour ces réflexions qui nous marquent et nous restent en tête. Sûrement le plus abouti et le plus passionné des home invasion de ces quelques dernières années.

LE MONSTRE. Ou celui qui passe le plus clair de son temps caché sous le lit ou au fond du placard. Voilà une peur qui puise ses sources dans l’enfance mais qui quelque part ne nous quitte jamais totalement, il n’y a que les monstres qui changent au fur et à mesure des années. Si un cinéaste a parfaitement réussi à inscrire cette angoisse mythique viscérale sur une pellicule, c’est bien Christopher Smith. Avec CREEP, le film de monstre prends toute sa dimension. Un premier degré intangible pour un petit chef d’oeuvre de l’épouvante. Pour ce faire, le cinéaste pose ses caméras dans un lieu qui fait le quotidien de bon nombre de gens, un lieu rassurant et inquiétant à la fois lorsqu’il est victime de ses propres légendes urbaines. Hantises, assassinats, populations cachées et stations désaffectées, le métro londonien n’est pas un lieu comme les autres. Que ferait-on si l’on se réveillait en pleine nuit au beau milieu d’une station déserte ? C’est la situation à laquelle va être confrontée la - presque - seule et unique protagoniste du film, Kate, incarnée par une Franka Potente brillante dans son rôle de petite bourgeoise snob et attachante à la fois. Elle se réveille, par terre et à priori seule après avoir raté sa dernière correspondance. L’entrée en matière que nous propose le cinéaste est particulièrement intelligente : la première menace n’est pas du tout celle à laquelle on s’attends, et la transition de l’aspect terre à terre au véritable survival monstrueux opère parfaitement bien. Creep ne s’attarde pas bien longtemps sur de quelconques introductions, on cerne très vite ce que l’on doit savoir du personnage et cela nous suffit largement. Aussi, l’angoisse et l’inquiétude de ce que l’on ne peut pas voir nous gagne presque aussi vite que l’héroïne. Bruits, silhouettes, sensation d’être constamment observé, on découvre progressivement la chose qui rôde dans l’obscurité au fur et à mesure que Kate descends et arpente les entrailles de la station déserte. Et c’est comme ça que le film d’ambiance feutré des premières minutes laisse place à une pure et simple descente aux enfers. Kate se rends vite compte qu’elle n’est en réalité qu’une proie sur le terrain de chasse d’une créature dont les quelques premiers aperçus nous glacent littéralement le sang. Et c’est lors de l’une des scènes les plus marquantes du survival que l’on découvre de très près et en pleine lumière, à qui, ou plutôt à quoi on a affaire. Là où la plupart auraient pris le parti de rester dans la suggestion du monstre la majeure partie du film, Creep n’a pas froid aux yeux et s’assume délibérément. Au point même de délaisser son héroïne quelques minutes pour suivre les pas de ce croquemitaine d’un tout nouveau genre répondant au doux nom de Craig, un monstre terrorisant comme l’on en fait rarement. Et c’est là toute la force de Creep. Christopher Smith nous met face à quelque chose d’inconnu et d’incompréhensible, pour finir par nous forcer à le comprendre. Craig n’est pas simplement un monstre, c’est un monstre humanisé qui arrive dans le dernier quart d’heure à nous faire ressentir bien plus que de la peur ou du dégoût. Creep est finalement bien plus qu’un film de monstre. Et c’est sûrement l’un des plus marquants coups de maîtres de l’horreur moderne. Un survival qui s’assume jusqu’à la fin, malsain, viscéral, mais tellement humain à la fois.

LE FANTOME. S’il y a bien un thème récurrent dans le cinéma de genre, c’est la ghost-story. A l’instar des films de monstres, on ne compte même plus le nombre de cinéastes faisant appel de près ou de loin à ces entités chaque année. Comme toujours lorsqu’on use et abuse d’un même filon, on se retrouve finalement avec un charmant cocktail de réussites et de ratages. Si certains s’y sont frottés et ont malheureusement ridiculisé nos pauvres amis fantômes, d’autres ont su tirer le meilleur de ce sujet, devenu aussi banal que délicat, mais qui fera toujours débat, derrière comme devant la caméra. C’est le cas de James Watkins, - petit prodige ayant signé de sa main l’inoubliable Eden Lake - qui rempilait il y a de ça trois ans pour un deuxième film d’horreur, LA DAME EN NOIR. Le fantôme a été abordé sous ses formes les plus multiples et variées de la naissance du cinéma de genre jusqu’à l’heure actuelle. Il a fait cauchemarder des générations entières de salles obscures, a révolutionné bon nombre de codes du film d’épouvante. Le fantôme est profondément ancré dans la culture horrifique, si bien qu’il devient de plus en plus délicat de s’y pencher sans défrayer les critiques lassées. James Watkins a tenté sa chance, et ô combien il a bien fait. Pourquoi le fantôme fait-il si peur au cinéma ? Parfois mille fois plus que n’importe quelle créature sanguinaire ? La ghost story est souvent l’un des sous-genre qui fait le plus appel à notre instinct de spectateur, à la peur de ce que l’on ne voit pas. A la peur de ce qui n’est pas présent à l’écran mais qui y figurera, on le sait, d’ici quelques secondes, minutes peut-être. La Dame en Noir réponds parfaitement bien à cette définition et s’est directement fait une place au sein des films d’épouvante les plus effrayants de la décennie. On retrouve notre Daniel Radcliffe bien aimé, dans un rôle bien plus mature et bien plus sombre que là où on pouvait l’attendre : dans la peau d’un personnage torturé aux nombreuses aspérités, la charge émotionnelle qu’il apporte au film contribue largement à sa réussite. Si l’acteur se révèle brillant, on peut en dire autant du travail opéré sur le cadre et les décors du métrage. La Dame en Noir fait partie de ces petits bijoux d’esthétisme, dans lequel chaque plan est chargé de symbole, dans lequel chaque parcelle de l’univers a une réelle cohérence. Mais ce n’est pas juste beau à regarder, c’est surtout et avant tout un moment de peur intense et permanente, une angoisse perceptible qui nous ronge parfois pendant de longues minutes. Ce qu’il y a de plus effrayant, c’est cette capacité à mystifier parfois les plus banals éléments du décor. Une chaise à bascule, une porte qui grince, un jouet. Comme beaucoup avant lui, Watkins rend la tension d’une séquence à la limite du supportable presque sans le moindre effet. Il cultive son atmosphère grâce à ses décors, grâce à sa musique, grâce à l’ingéniosité de sa mise en scène. Et c’est toute cette majestuosité sinistre qui donne au métrage une identité bien propre, malgré son scénario plutôt conventionnel. Avec La Dame en Noir, la Hammer renaît de ses cendres et le fantôme confirme que son heure au cinéma est encore loin d’être passée. Un film d’horreur beau et macabre à la fois.

L'OBSCURITE.
Et peut-être la peur la plus primaire qui soit. Rares sont les enfants qui échappent à la peur du noir, et rares sont les adultes qui arrivent à totalement s’en détacher en grandissant. Le noir est finalement l’une de nos plus grandes sources d’imagination, c’est bien pour ça qu’il en devient souvent notre plus grande source d’angoisses. L’obscurité est presque omniprésente dans le film d’horreur, c’est la plupart du temps son essence-même, indirectement ou pas. Le noir fascine autant qu’il effraie, et le noir inspire. Neil Marshall a fait de cette obscurité le caractère principal de son plus gros succès, THE DESCENT. Comment un huis-clos en milieu naturel a-t-il pu autant défrayer la chronique au point de devenir une référence du cinéma de genre dés sa sortie ? Film d’horreur cent pour cent féminin, The Descent nous plonge dans les méandres des cavités souterraines que notre groupe de ferrues de spéléologie part explorer. Plus les minutes passent, et plus ces cavités sombres et sinueuses respirent les méandres des êtres humains qu’elles accueillent. The Descent, c’est finalement l’histoire de six jeunes femmes prises au piège sous terre et confrontées au pire : l’horreur humaine, l’horreur de la nature et l’horreur… Tout court. Ce qu’elles vont y découvrir, ce ne sont pas simplement des monstres ou des lignes de vie coupées, ce n’est pas seulement jusqu’où la nature peut aller, c’est bien plus que ça. Jusqu’où l’être humain peut aller ? Jusqu’où pourrait-on être poussé, dans un seul et unique but : la survie ? Jusqu’où sommes nous si éloignés de la bestialité de la nature ? The Descent est un film d’horreur d’une violence inouie, un film entier, un film à vif. Un spectacle macabre dans lequel l’obscurité d’une grotte reflète finalement l’obscurité de l’âme humaine, autant que les monstres reflètent ses propres démons intérieurs. C’est la raison pour laquelle Neil Marshall signe un film d’horreur avant même de signer un film de monstres. The Descent n’est pas un film qui se décrit, c’est un film qui se ressent, une expérience dans laquelle on se retrouve prisonnier, au même titre que les protagonistes, une expérience qui mettra mal à l’aise même les moins claustrophobes. Mais c’est avant tout un film d’un réalisme et d’un premier degré effroyable, dans tous les sens du terme. Une leçon de style, un exemple d’originalité, et de technique : rarement un film tourné dans ce qu’il est censé être le noir complet n’aura été aussi lisible et n’aura profité de lumières aussi justes et parfaitement dosées. Ce survival en milieu naturel est finalement et de loin l’un des plus immersifs et l’un des plus traumatisants du genre, quelque soit son niveau de lecture. Rares sont les films de genre aussi impitoyables avec leurs personnages… Et leurs spectateurs. The Descent fête seulement ses dix ans et n’a pas attendu autant pour devenir déjà culte.

LE CROQUEMITAINE.
Comment évoquer Halloween sans penser à celui qui a traumatisé toute une génération ? A cette peur irrationnelle qui vis pourtant dans l’imaginaire de toutes les cultures. Michael Myers incarne le croquemitaine par excellence. Bien plus qu’un classique du cinéma d’épouvante, HALLOWEEN a marqué le septième art de par ce qu’il représente : l’incarnation du mal personnifié. Rob Zombie a revisité ce mythe de l’horreur il y a quelques années, il l’a travaillé et l’a réécris pour lui donner une toute nouvelle dimension. Si les plus conservateurs ne cautionneront en rien cette nouvelle adaptation, le film mérite que l’on s’y attarde. Halloween nouvelle génération est une relecture totale et intégrale du mythe de Carpenter qui parvient à rendre au plus célèbre des croquemitaines son aspect effrayant que l’oeuvre originale perds peu à peu avec les années. Rob Zombie nous promettait de remonter aux sources du mal, et c’est précisément ce qu’il se passe. Halloween démystifie Myers tout en renforçant son aura sinistre et malsaine. Il nous donne ce que John Carpenter nous avait refusé : les moyens de comprendre pourquoi, comment Myers est devenu ce qu’il est. Comment ? En transformant le simple remake prévu en une forme de préquelle. Là où Halloween, premier du nom, ne nous montrait que quelques secondes du passif du croquemitaine, Zombie fait de son enfance une partie complète de son métrage. Sans jamais prendre de gants, il nous met face à la déshumanisation et aux fondements d’un monstre. Le style du cinéaste ne nous est pas épargné, mais se révèle essentiel et en totale adéquation avec ses intentions : Halloween est un film brutal, violent, radical. Une caméra au bord de la crise de nerf, des dialogues crus et des scènes de meurtres toujours plus glauques et gores, on est maintenant bien loin de l’esthétisme du film original. De l’insalubrité du lieu de vie de Myers enfant, aux sombres activités de son semblant de famille, on est plongés au coeur de ce qui fera de lui quelques années plus tard un psychopathe habité par ses folies meurtrières. Et c’est cette démence décortiquée qui donne toute sa puissance à ce nouveau volet pourtant si diamétralement différent de la saga culte. Zombie retire tout l’aspect presque fantastique de son prédécesseur et y injecte une noirceur et un réalisme macabre. C’est une toute nouvelle ère pour notre croquemitaine préféré qui en retire finalement un nouveau souffle de vie. Cet Halloween moderne débarrassé de toutes limites et de toutes conventions s’avère finalement un concentré de malaises et de peurs plus malsaines les unes que les autres. Un remake osé mais pas moins brillant, mais surtout un remake nécessaire. Le croquemitaine au masque livide n'a définitivement pas finis de nous faire frémir.

1 commentaire:

  1. "Il nous donne ce que John Carpenter nous avait refusé : les moyens de comprendre pourquoi, comment Myers est devenu ce qu’il est"

    J'ai un petit problème avec le terme "refusé".
    Il faut bien comprendre que le concept du premier Halloween n'avait rien à voir avec celui du film de Zombie.
    L'un s'attelait à décrypter l'arrivée sourde et brutale d'une sorte de fantôme urbain dont on avait aucunement besoin de connaître les motivations, l'autre tentait (assez laborieusement) de nous fournir les clés de la psychologie du fantôme en question tout en s'éloignant considérablement de la source carpenterienne - la fin de l'introduction d'Halloween, la nuit des masques nous révélait des parents d'apparence "normale" qui n'avaient rien à voir avec les punks trashs du remake. Hormis la fête d'Halloween, je ne vois donc aucun lien entre ces deux Halloween.
    Je déteste le film de Zombie (je ne supporte pas l'idée que Michael Myers puisse être considéré comme un individu lambda ; à vrai dire, j'aime beaucoup l'explication maléfique donnée par Halloween 6), mais comme toi, je reconnais la prise de risque et le caractère non commode de l'ensemble. C'est déjà ça de pris.

    PS : Tes critiques sont excellentes, mais ce serait cool si tu pouvais grossir la police de caractères et aérer un peu le texte, c'est difficile à lire comme c'est présenté :)

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